Psychologue et analyste jungien à Barcelone et en ligne.

5 mai, 2022

L’ombre et les faits

“L’ombre », chez Jung, représente ces aspects inconscients, dans de nombreux cas latents, proches de la conscience et qui, s’ils ne sont pas progressivement intégrés, grâce aux connaissances fournies par l’analyse (psychanalyse) peuvent conditionner notre existence par des actions, des projections erronées ou des éléments qui nous échappent et qui interviennent parfois de manière substantielle dans des circonstances pertinentes.

Mais tout n’est pas « ombre ». Parfois, ce sont des faits.

Pour expliquer, Freud s’est vu un jour demander lors d’une conférence publique si les cigares, qu’il fréquentait avec une certaine passion, pouvaient être considérés comme « un objet phallique », ce à quoi il a répondu : « Parfois, un cigare n’est qu’un cigare ».
Cette phrase, prononcée par le père de la théorie psychanalytique, revêt une importance considérable en raison du lien fort avec la réalité qu’elle représente.

Et c’est, à mon avis, le cas du concept « d’ombre ».
L’ombre peut être utilisée pour tout : projection, déplacement, résistance, etc. Et toujours à la carte. Lorsqu’une situation est confrontée, par exemple entre le patient et l’analyste, ce dernier peut concevoir cette instance inconsciente comme un facteur d’inhibition ou d’affaiblissement de la thèse que le premier défend. « Vous vous projetez », des mots magiques qui réfutent catégoriquement toute possibilité que l’analysant puisse avoir raison.

  • Franco, le dictateur espagnol, a eu la chance, assez ironiquement, que son prêtre confesseur soit communiste, ce qui l’a soi-disant dispensé d’expliquer certaines des confessions. L’une d’entre elles était la suivante : « Je ne comprends pas comment il est possible que j’aime tellement le peuple espagnol qu’il y a des Espagnols qui ne m’aiment pas ».
    Si nous jouons sur l’hyperbole, nous pourrions dire que ce qui a empêché certains, de nombreux citoyens, de ne pas aimer le « caudillo », ce ne sont pas les actes qu’il a commis, mais plutôt des aspects obscurs qui ont déplacé d’autres conflits latents à son égard, par exemple la mauvaise relation avec son propre père ou avec une figure proche -.

Le pouvoir psychanalytique peut également tomber dans l’erreur de concevoir comme un produit de l’ombre quelque chose qui, si l’on y regarde objectivement, sont des faits. C’est tout autre chose si, à cause de notre propre « ombre », nous essayons d’ignorer les faits.

Cette instance psychique peut permettre de pérenniser une situation familiale, professionnelle ou de travail si l’on oblige l’individu, soi-disant inconscient des mécanismes qu’il utilise, à faire un retour sur lui-même et à s’enquérir encore et encore d’une chose pour laquelle on le culpabilise finalement. Le message qui lui serait transmis serait « ce n’est pas la réalité, c’est vous ».
Ce prisme extrêmement conservateur préserve toujours la bonne volonté, par exemple, des parents ou partenaires abusifs (rappelez-vous, pour ceux d’entre nous qui sont en âge de le faire, les conseils radiophoniques de l’infâme Elena Francis).

Il est donc obligatoire, à tout point de vue et en premier lieu, d’analyser objectivement les faits et ensuite, si nécessaire, et si la réalité ne nous soutient pas, de commencer à se demander si un aspect inconscient du sujet n’intervient pas dans l’explication donnée pour une situation donnée.
Si nous ne le faisons pas, nous risquons de tomber dans le parti pris et même, à l’occasion, dans une manipulation plus ou moins inconsciente, plus ou moins intéressée, de l’autre.

Damián Ruiz
Barcelone, 3 mai, 2022
www.damianruiz.eu

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